"La médiatisation importante des questions de pesticides et d’environnement se traduit par un souci de communication des acteurs de la filière phytosanitaire vers la société civile, sans réelle volonté de transparence et de réflexion de fond sur les pratiques."
Rapport 2006 de l'INRA sur les pesticides

L’UIPP, l’Union des Industries pour la Protection des Plantes relance sa campagne publicitaire, si décriée en 2005, afin de rendre socialement acceptables les pesticides. Cette campagne est en outre destinée à suggérer à un public non averti que les pesticides ne sont pas dangereux pour la santé et l'environnement. Globalement, le discours de l'UIPP est toujours aussi simpliste et réducteur.

Ce discours est martelé en permanence par l'UIPP : nos produits sont rigoureusement testés conformément à une législation et des procédures. Or, comme le reconnaissent des toxicologues comme JF Narbonne ou des chercheurs en biologie moléculaire comme GE Séralini, la plupart de ces tests sont complètement obsolètes et permissifs.

>>> Une curieuse conception de l'information.

Parmi les maigres fondements scientifiques qu'elle tente de nous opposer, l'UIPP fait allusion à une étude sur les agriculteurs travaillant dans les bananeraies : "En Guadeloupe, l’UIPP, l’Inserm et les hôpitaux de Pointe-à-Pitre et Cochin (Paris) suivent en parallèle des personnes travaillant dans les bananeraies et des personnes qui n’y travaillent pas. Il n’a pas été découvert jusqu’ici de lien entre l’exposition aux pesticides et la fertilité des agriculteurs."

Le site de l'UIPP ne propose aucun lien vers l'étude en question et ne fait aucune mention de l'auteur : le Professeur Multigner et pour cause ! A partir du nom de l'auteur on découvrirait rapidement que le professeur Multigner a réalisé d'autre études inquiétantes sur pesticides et fertilité que le site du MDRGF cite : "Les scientifiques ont cherché s’il existait une relation entre l’exposition à certains agents environnementaux et ces situations d’infertilité. Les résultats furent publiés en 2001. Ils montrent que l’exposition aux pesticides (et à certains solvants) est associée à des concentrations en spermatozoïdes bien en dessous de la limite de la fertilité (1)

LES PRÉCISIONS DU PROFESSEUR MULTIGNER SUR L'ETUDE CITEE PAR L'IUPP

Nous avons pris contact (2) avec le professeur Mutligner qui nous explique que : "La question qui se pose actuellement est d’identifier quels pourraient être les pesticides à l’origine de problèmes d’infertilité. De telles études sont complexes dans la mesure où les populations (agricoles en particulier) peuvent être en contact avec des dizaines de pesticides différents. Pour faire face à ces difficultés il est pertinent de s’adresser à des populations exposées fortement à un nombre réduit de molécules. C’est ainsi que j’ai réalisé une étude auprès des ouvriers agricoles de la banane en Guadeloupe et qui sont exposés essentiellement à une catégorie précise de pesticides: les organophosphorés et carbamates. Les conclusions de cette étude (dont l’UIPP fait référence) montrent l’absence de lien significatif entre l’exposition à ces pesticides et la fertilité. Ces conclusions ne sont donc valables que pour cette activité agricole et pour ces pesticides (mis en exergue par l'auteur). En outre, le même auteur a d’ailleurs montré le rôle joué par des pesticides organochlorés dans la baisse de fertilité des ouvriers agricoles de la banane en Guadeloupe !


"L’identification des pesticides susceptibles d’affecter la fertilité masculine doit donc se poursuivre par le biais d’études toxicologiques d’une part, et par des études épidémiologiques d’autres part...Pour conclure, si les résultats que nous avons obtenu en Guadeloupe sont rassurants en terme de santé publique, il existe suffisamment d’éléments de suspicion pour poursuivre activement la recherche et l’identification des pesticides qui pourraient affecter la fertilité."

De nombreuses études épidémiologiques montrent d’ailleurs un risque accru de fertilité amoindrie pour les femmes ou les hommes exposés aux pesticides (3) .


L'IUPP se garde bien de réfuter les nombreuses études scientifiques que nous avons médiatisés depuis des années. Depuis la sortie, du livre de François Veillerette, "Pesticides, le piège se referme" qui mettait en avant des centaines d'études scientifiques "dérangeantes", nous attendons toujours la réponse de l'UIPP qui "se promettait d'expertiser les études citées" (4).


>>> Une entreprise irresponsable ou la promotion des toxiques auprès du grand public.

Un comble : alors que l'UIPP se targue de prévenir les professionnels des risques liés aux produits sanitaires organise une campagne globale de promotion des pesticides auprès d'un public non averti sans AUCUN AVERTISSEMENT CLAIR (5) quant à la dangerosité des produits et aux précautions que le grand public se doit de prendre par rapport à leur usage.

La plupart des pesticides sont hautement toxiques et font l'objet de mentions légales comme les médicaments auxquels les agro-industriels les comparent quand cela les arrange. Cependant, contrairement aux autres produits soumis à mentions, les industriels du secteur phytosanitaire semblent pouvoir échapper à toute mise en garde dès lors qu'il s'agit d'une communication globale. Il semblerait donc que l'on puisse orchestrer une communication autour de produits toxiques notamment auprès des enfants sans contrôle.

Références

(1) Dr  Luc Multigner, Dr Alejandro Oliva, in “ Human reproduction”, publication de la Société Européenne de Reproduction Humaine et d’Embryologie. Vol 16, p1768, Août 2001

(2) mail du 14 mars 2005

(3)voir par exemple :  Ane R Greenlee, Tye E Arbuckle, Po-Huang Chyou, “Risk Factors for Female Infertility in an Agricultural Region”,  Epidemiology 14:429-436, 2003.

(4) Lettre de l'UIPP n°11


(5) à part un petit encart sur les bonnes pratiques qui laissent supposer que seuls les agriculteurs sont concernés alors que le site se présente comme site généraliste sur les pesticides. Il suffit pour s'en convaincre de lire le contenu de la page d'accueil.